Je suis née le jour de mes 40 ans ” : vous sou­venez-vous de l’au­teur de cette phrase ? Bien sûr, c’est Hap­satou Sy, une célèbre ani­ma­trice et chroniqueuse française de télévi­sion. Après sa démis­sion du Groupe Canal+, le 31 août 2021, suite à un pré­ten­du sou­tien offi­cieux de cette société aux insultes racistes pronon­cés à son égard par Eric Zem­mour, cette femme d’o­rig­ine mau­ri­tani­enne et séné­galaise a tra­ver­sé une som­bre péri­ode de dépres­sion. Finale­ment, se rel­e­vant de ces abîmes, elle décide de s’im­pli­quer plus active­ment dans son busi­ness de beauté, lance sa pro­pre chaîne numérique dénom­mée “ Hap­satouSy TV ” et devient  le 20 sep­tem­bre 2021 Con­seil­lère privée du cheikh Ahmed Bin Faisal Al-Qas­si­mi, mem­bre de la famille royale des Emi­rats arabes unis.

De la dépres­sion à la grandeur !

Soyons clairs ! Soyons vrais ! Il n’est facile pour per­son­ne de se faire hum­i­li­er, en plus publique­ment, et de pour­suiv­re sa marche. Les uns auraient chancelé, mais d’autres non. Et de ce nom­bre fig­ure Hap­satou Sy.

Elle le dira elle-même sur l’Apéro du Jour­nal Le Monde : “ Vous vous réveillez le matin et vous avez cent, mille voire deux milles – un des records – mes­sages d’insultes ”. Avant d’avouer que “ son corps l’avait lâchée ” et d’en­tr­er dans une pro­fonde dépres­sion de 9 mois. Même pas l’anesthésie ne cal­mait ses tourments.

En effet, Eric Zem­mour, son affront sur le plateau de l’émis­sion Les Ter­riens, s’é­tait per­mis de la nom­mer Corinne en expli­quant que son prénom était une honte pour la France.

Pour­tant, là vint le tour­nant dans son par­cours pro­fes­sion­nel, la pau­vre et humil­iée d’hi­er a su con­va­in­cre l’un des mem­bres de la famille royale des Emi­rats arabes unis en devenant Con­seil­lère privée. A cette occa­sion, à elle de dire qu’elle emploiera tous les moyens pour nouer un pont entre les Emi­rats Arabes Unis et l’Afrique.

Etait-ce un con­tact ancien ? Une sol­lic­i­ta­tion longtemps rejetée ? L’on ne sait. Mais dans nos spécu­la­tions, il s’avère utile d’at­tester que son échec d’hi­er a propul­sé sa notoriété et l’a ren­due plus forte.

Suite du procès avec Zemmour…

Les dernières nou­velles rap­por­tent que Hap­satou Sy affron­tera Eric Zem­mour, polémiste et can­di­dat à la prési­den­tielle française d’avril 2022, au mois de sep­tem­bre prochain. Ce dernier est accusé pour “ inci­ta­tion à la haine raciale ”.

La « loi de Bona­parte », à laque­lle le polémiste fait régulière­ment référence pour jus­ti­fi­er son idée d’une cer­taine France qui sem­blait mieux avant à ses yeux, ne fait aucune­ment men­tion de l’obligation de don­ner « un prénom chré­tien » à son enfant. La loi de 1803 (loi du 11 ger­mi­nal de l’an XI) impo­sait de don­ner « des noms en usage dans les dif­férents cal­en­dri­ers et ceux des per­son­nages con­nus de l’histoire anci­enne ». Il exis­tait en effet plusieurs cal­en­dri­ers, notam­ment le répub­li­cain qui a sup­plan­té le gré­gorien de 1793 à 1806.

Et alors qu’Eric Zem­mour déplore que « les social­istes » aient « aboli » cette loi en 1993, là aus­si, c’est inex­act. La loi a déjà été large­ment mod­i­fiée par Charles de Gaulle en 1966, qui pré­cise qu’« out­re les prénoms nor­male­ment recev­ables dans les strictes lim­ites de la loi de ger­mi­nal », sont accep­tés « cer­tains prénoms tirés de la mytholo­gie, cer­tains prénoms pro­pres à des idiomes locaux du ter­ri­toire nation­al, cer­tains prénoms étrangers (tels : Ivan, Nadine, Man­fred, James, etc.), (…) d’anciens noms de famille (tels : Gon­zague, Régis, Xavier, Chan­tal, etc.) ».

Par ailleurs, il est indiqué que « le choix des prénoms appar­tient aux par­ents et que, dans toute la mesure du pos­si­ble, il con­vient de tenir compte des désirs qu’ils ont pu exprimer ».

Le gou­verne­ment de Pierre Béré­gov­oy, sous la prési­dence de François Mit­ter­rand, a assou­pli une nou­velle fois cette cir­cu­laire en 1993, indi­quant sim­ple­ment que « l’intérêt de l’enfant » doit être pris en compte et abro­geant offi­cielle­ment la loi du 11 ger­mi­nal de l’an XI, qui n’était déjà plus en vigueur depuis longtemps.

John Ngoyi

DEO

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